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Le fait de ne pas vouloir remettre en cause l’indexation du salaire de base ne garantit pas que la formule actuelle sera maintenue.

Smic : le gouvernement entretient le flou© Reuters Smic : le gouvernement entretient le flou

« Il n’est pas question de mettre fin à l’indexation du Smic ». A première vue, le ministre de l’Economie a été clair ce matin sur France Inter. Alors que les experts chargés de plancher sur le dossier ont suggéré de revoir la méthode de revalorisation du salaire de base, Bruno Le Maire refuse donc de remettre en cause le lien qui existe entre l’inflation et la revalorisation du Smic.

Pour autant, ces propos laissent planer un doute sur la direction précise que compte prendre le gouvernement. De fait, la formule actuelle n’est pas uniquement basée sur l’inflation. Elle tient également compte du gain de pouvoir d’achat du salaire des ouvriers et employés.

Autrement dit, les déclarations de Bruno Le Maire ne garantissent en rien un maintien de cette règle pour les années à venir. Le gouvernement pourrait par exemple décider de maintenir une référence à l’inflation tout en supprimant la composante liée au salaire des ouvriers et employés. Or, une formule uniquement assise sur l’inflation pourrait par exemple faire perdre quelques points de revalorisation aux bénéficiaires du Smic.

Quant à savoir si un coup de pouce supplémentaire pourrait être accordé au 1er janvier, Bruno Le Maire a botté en touche, rappelant que la décision est de la compétence de Matignon et de l’Elysée.

© Fournis par BFMNews

C’est une jolie boutique au cœur du très chic quartier du Marais à Paris. Sur de grandes armoires de bois sont exposés des gros cubes verts ou jaunes, des crèmes pour les mains, du shampooing ou encore des savonnettes parfumées. Le premier magasin entièrement dédié au savon de Marseille ouvre à Paris. C’est Marius Fabre, une petite fabrique située à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) qui est à l’origine de cette incursion en terre parisienne.

Cette maison créée en 1900 appartient toujours à la famille du fondateur. Ce sont aujourd’hui les arrières-petites-filles de Marius Fabre qui dirigent l’entreprise.

Ouvrir une boutique qui vend presque exclusivement du savon, cela aurait été sans doute inimaginable il y a encore dix ans. Il faut savoir que si le savon de Marseille était présent dans tous les foyers au début du XXe siècle avec un pic en 1913 de 180.000 tonnes produites, ses ventes ont décliné à partir des années 50 au détriment des détergents de synthèse et autres savonnettes qui ont ringardisé le vieux cube de grand-mère à l’huile végétale.

L’émergence de la grande distribution va précipiter son déclin et les savonneries marseillaises qui assuraient encore la moitié de la production française à la veille de la Seconde Guerre mondiale ont fermé les unes après les autres. Seules cinq ont survécu dans la région marseillaise (trois à Marseille, deux à Salon-de-Provence).

Mais depuis une dizaine d’années, la donne a changé. La demande des consommateurs pour des produits plus naturels a redonné du lustre au vieux savon d’antan. Le savon de Marseille est notamment conseillé par les dermatologues pour ses propriétés hypoallergéniques. L’attrait pour les produits vintage a fait le reste. Le consommateur veut retrouver l’odeur du vieux cube de savon de son enfance ou le mythique savon rotatif Provendi qu’on trouvait dans les écoles. Résultat, les ventes sont reparties à la hausse. Selon les estimations des professionnels, le marché du savon de Marseille croîtrait de 4 à 5% par an depuis dix ans et pèserait désormais en France 200 millions d’euros.

Mais le problème, c’est qu’aujourd’hui l’essentiel du savon de Marseille n’est plus fabriqué en France. C’est en Chine ou en Turquie que l’on trouve les plus gros producteurs de « savon de Marseille ». Au même titre que la porcelaine de Limoges, le couteau de Laguiole ou le granit de Bretagne, le savon de Marseille est menacé par ce que les fabricants historiques estiment être des contrefaçons. Sauf que jusqu’à récemment, l’appareil législatif français ne permettait pas de protéger des produits industriels et artisanaux avec une indication géographique. Ce qu’a permis la loi dite « Consommation » de 2014 qui a instauré en droit français le concept d’Indication géographique (IG) pour des produits non alimentaires transformés.

L’INPI explique pourquoi ça bloque

Pour y prétendre, les fabricants de produits traditionnels doivent se réunir en association et déposer un cahier des charges auprès de l’INPI qui statue et accorde éventuellement l’IG. C’est ainsi que depuis un an trois produits ont ainsi été protégés: les sièges de Liffol dans les Vosges, le granit de Bretagne ou tout dernièrement la porcelaine de Limoges. Mais les savonniers, qui ont été parmi les premiers à déposer leur dossier de candidature n’y ont toujours pas droit. « Ce qui bloque pour le moment, indique-t-on du côté de l’INPI c’est qu’à la différence des autres dossiers instruits, il y a plusieurs associations concurrentes pour le savon de Marseille et elles ne sont pas d’accord sur le cahier des charges ».

Si jusqu’à présent deux associations se disputaient l’obtention de l’IG (pour faire court l’AFSM plus industrielle, et l’UPSM plus artisanale), voilà qu’une troisième vient d’entrer dans la partie. L’ASDMF qui vient de déposer son dossier auprès de l’INPI regroupe de gros producteurs français. Il s’agit des Savonneries de l’Atlantique à Nantes et de celles de Provendi situées en Haute-Savoie qui revendiquent à eux deux 90% de la production française de la matière première de savon. « Il faut savoir qu’historiquement il y avait des savonneries dans de nombreux ports français, car c’est par là qu’arrivaient les huiles pour la production, explique Xavier Thiry de la savonnerie Provendi, pour bien montrer qu’il ne s’agit pas d’une spécificité marseillaise. Mais si la plupart ont disparu, nous avons survécu, car nous avons su nous moderniser ».

Démarche nationale contre production locale

Dans leur dossier, les représentants de cette association mettent en avant leur procédé industriel moderne capable de produire jusqu’à 5 tonnes de savon par heure ainsi que leur production 100% française. « Notre démarche est nationale, explique Pascal Marchal de la Savonnerie de l’Atlantique, nous voulons une IG Savon de Marseille France qui protège tous les acteurs hexagonaux ». Et l’association pointe du doigt la vision qu’elle considère réductrice des savonneries marseillaises comme Marius Fabre. « Ils veulent en faire un produit de luxe et s’approprier le marché alors que ce sont nous les plus gros producteurs qui démocratisons le produit en grande distribution notamment », s’agacent les représentants de l’ASDFM.

Une accusation que les défenseurs du procédé traditionnel de cuisson en chaudron réfutent. « Ce n’est pas un produit de luxe, assure Julie Bousquet-Fabre de la savonnerie de Salon-de-Provence. Nous vendons notre cube de 400 grammes 4 euros ce qui fait 10 euros le kilo et ça dure très longtemps. Le savon de Marseille est un produit de qualité, mais de grande consommation et accessible ».

Bref, ce sont deux visions qui s’affrontent dans cette bataille du savon de Marseille. Une première qui veut moderniser le procédé de fabrication pour en faire un produit très grand public que l’on retrouve notamment en grande distribution et une autre qui considère que le nom « de Marseille » induit une origine relativement circonscrite à la région marseillaise et un procédé de fabrication ancestral qui a fait ses preuves et qui séduit les amateurs de produits authentiques. Un « made in France » contre un « made in Provence » en quelque sorte. L’INPI -qui a déjà refusé d’accorder une IG aux espadrilles de Mauléon- aura bien du mal à trancher. Si elle y parvient un jour.