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AFRIQUE

La démission, ce lundi 4 juin 2018, du Premier ministre malgache Olivier Mahafaly Solonandrasana laisse apercevoir une sortie de crise à Madagascar. Mais d’où vient cette crise ? Comment l’expliquer ? Décryptage.

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Si Olivier Mahafaly Solonandrasana, le Premier ministre malgache a démissionné, le président Hery Rajaonarimampianina est toujours au pouvoir. Depuis plus d’un mois, l’opposition manifeste pour obtenir le départ du président, élu en 2014. Il y a moins d’une semaine, il affirmait encore sa volonté de rester à son poste : « quitter le pouvoir, ce serait trahir le peuple malgache ».

Une nouvelle crise politique pour un pays qui en est coutumier. Ce fut le cas en 2002 (l’élection de Marc Ravalomanana à la présidentielle avait été contestée par Didier Ratsiraka) et en 2009 (Andry Rajoelina a fait tomber Marc Ravalomanana à la suite d’un putsch militaire et de manifestations populaires). La crise a perduré jusqu’à la fin 2013 (date de l’élection de Hery Rajaonarimampianina). À l’origine de la crise actuelle, l’adoption de nouvelles lois électorales très contestées qui favorisent, à l’approche des prochaines élections, le pouvoir en place.

> Lire en complément : Madagascar : ces lois électorales qui cristallisent la contestation

D’autres facteurs socio-économiques ont un impact sur les crises politiques à répétition dans le pays.

En premier lieu, il existe un fort clivage entre la population et les élites. Un clivage qui est renforcé par la structure même de la société : du fait de la répartition de la population dans le pays et du manque d’engagement associatif, les doléances du peuple sont difficilement communiquées au gouvernement.

Pourtant, Madagascar possède de nombreuses richesses naturelles. Dans le même temps, la pauvreté de la population incite des entreprises internationales, notamment dans le textile, à implanter leurs usines dans le pays et d’exploiter la main d’oeuvre locale à moindre coût.

Si la crise de cette année rappelle les précédentes, un paramètre a changé : l’armée. Elle se positionne cette fois en arbitre du conflit. Les militaires ont encadré les manifestations sans pour autant les interdire. Reste à voir ce qu’elle fera par la suite

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Le précédent chef du gouvernement, Olivier Mahafaly Solonandrasana, en poste depuis deux ans, avait démissionné lundi matin.

Manifestation de partisans de l’opposition malgache pour appeler à la démission du président Hery Rajaonarimampianina, à Antananarivo, le 28 avril 2018.

Le président malgache Hery Rajaonarimampianina a annoncé, lundi 4 juin, avoir nommé premier ministre un haut fonctionnaire international, Christian Ntsay, pour former un gouvernement de « consensus » destiné à sortir le pays de la crise politique.

« J’ai nommé premier ministre Christian Ntsay, un homme expérimenté et ayant les compétences pour l’apaisement », a déclaré le président devant la presse.

Lire aussi :   Crise politique à Madagascar : le premier ministre annonce sa démission

Cette nomination intervient quelques heures après la démission à la mi-journée du précédent chef du gouvernement, Olivier Mahafaly Solonandrasana, en poste depuis deux ans.

Agé de 57 ans, Christian Ntsay occupait jusqu’à ce jour un poste de haut fonctionnaire à l’Organisation internationale du travail (OIT). Il a été ministre du travail de 2002 à 2003, mais n’est membre d’aucun des trois principaux partis du pays.

Manifestations quotidiennes

L’île de Madagascar est secouée depuis un mois et demi par une vague de manifestations quotidiennes de l’opposition, qui exige le départ du président Hery Rajaonarimampianina, accusé de vouloir faire taire ses rivaux à quelques mois des élections.

Pour tenter de sortir de l’impasse, la Haute Cour constitutionnelle (HCC), la plus haute instance juridique du pays, a ordonné il y a dix jours la nomination d’un nouveau premier ministre et d’un gouvernement d’union nationale.

Dans leur arrêté, les juges ont exigé la composition d’une équipe qui reflète les résultats des législatives de 2013.

Cette exigence a nourri une vive polémique entre les deux camps, qui revendiquaient tous les deux la majorité dans une Assemblée nationale où de nombreux élus ont fait volte-face à leur propre formation politique.

« J’en appelle aux leaders pour respecter cet arrangement », a demandé lundi le chef de l’Etat.

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La chercheuse Ketakandriana Rafitoson analyse les tensions qui secouent la Grande Ile depuis l’adoption contestée de nouvelles lois électorales.

Manifestation de députés et de partisans de l’opposition demandant la démission du président malgache, Hery Rajaonarimampianina, à Antananarivo, le 26 mai 2018.

A Madagascar, le président Hery Rajaonarimampianina a échappé à la destitution que réclamaient ses opposants. La Haute Cour constitutionnelle (HCC), qui avait été saisie, a rendu un avis négatif, vendredi 25 mai, mais a ordonné au chef de l’Etat de nommer un premier ministre de consensus « dans un délai de sept jours ». Celui-ci sera chargé de préparer des élections anticipées sans attendre l’échéance initiale de novembre. Ce compromis peut-il permettre d’apaiser les tensions qui secouent la Grande Ile depuis l’adoption contestée de nouvelles lois électorales, début avril, et conduire la population aux urnes dans de meilleures conditions ? Entretien avec Ketakandriana Rafitoson, chercheuse au Sefafi, l’Observatoire de la vie publique à Madagascar.

Lire aussi :   A Madagascar, la justice retoque des lois électorales contestées par l’opposition

Comment analysez-vous la décision de la Haute Cour constitutionnelle ?

Ketakandriana Rafitoson La HCC n’est pas allée au bout des choses. Elle a certes reconnu que le président a violé la Constitution en s’abstenant de mettre en place la Haute Cour de justice, mais elle s’est abstenue de le sanctionner, ce qui est regrettable. Elle aurait pu créer un précédent susceptible de faire réfléchir les prochains présidents. Je comprends néanmoins partiellement sa position, dans le désordre politique actuel où chacun manœuvre pour se positionner en vue des prochaines élections.

En vérité, nul ne sait vraiment ce qui se serait passé si le président avait été déchu. Le président du Sénat, Rivo Rakotovao, aurait été propulsé à la tête de l’Etat et il n’est pas certain que c’eût été le meilleur des remèdes aux troubles actuels. Par contre, je pense qu’il va être difficile de trouver un premier ministre de consensus sur la base des résultats des législatives de 2013, puisque beaucoup de députés ont changé de camp.

Une vraie crise n’est pas à exclure, car les Malgaches vont être convoqués aux urnes alors que la liste électorale est à peine consolidée, que les textes électoraux ne sont pas prêts et que certains candidats, déjà en précampagne, ont pris une longueur d’avance. Cela cause une inégalité certaine entre les futurs compétiteurs.

Lire aussi :   Le médiateur de l’ONU à Madagascar pour sortir de la crise

Comprenez-vous l’inquiétude de la communauté internationale, dont la mission de médiation a échoué ?

Dès qu’une crise se profile quelque part, surtout dans un pays fragile comme Madagascar, on envoie des médiateurs. Il faut peut-être y voir une mesure de précaution. Madagascar, qui est censée être sur la voie du redressement, bénéficie d’un volume assez important d’aide et une nouvelle crise risquerait de ruiner des années d’efforts. C’est une hypothèse. Une chose est sûre : les Malgaches ont toujours été frileux devant les médiations internationales, qu’ils considèrent comme une ingérence dans leurs affaires nationales.

Comment expliquer la répétition des crises qui secouent Madagascar ?

Je retiens cinq éléments essentiels et récurrents : la vénalité des dirigeants successifs, qui n’ont jamais hésité à sacrifier l’intérêt supérieur de la nation au profit des leurs ; l’appauvrissement à une vitesse soutenue de la population, qui, d’ici peu, n’aura même plus droit à un repas quotidien ; les liens d’intérêts entre le secteur privé et les politiciens ; le faible niveau d’éducation de la population, qui permet son infantilisation à outrance et entretient son sentiment d’impuissance devant les agissements des politiciens ; enfin, la faiblesse et la politisation d’une partie de la société civile. Tant que ces points ne seront pas corrigés, la crise, qui dure pour moi depuis cinquante-huit ans, persistera. Les rendez-vous électoraux sont l’occasion de manifester le mécontentement par des soulèvements.

Et la crise actuelle ?

Je préfère parler de troubles et non de crise, car pour moi la situation actuelle a été planifiée par les protagonistes. Certains politiciens ont intérêt à voir se reproduire ces « crises cycliques » à la veille des rendez-vous électoraux pour se positionner en sauveurs, en bâtisseurs, tandis que d’autres prônent le maintien d’une pseudo-stabilité dont ils sont les seuls à tirer bénéfice. La crise pour moi n’est pas politique, elle est sociale, et il est dommage que personne ne s’y intéresse. Les politiciens utilisent la pauvreté pour manipuler les foules.

La situation est-elle comparable à celle de 2009 ?

Deux points rappellent la crise de 2009. D’abord, c’est une situation manipulée : les protagonistes prétendent mobiliser le peuple à coups de spectacles et de déclarations tonitruantes. De part et d’autre, les mobilisations se jouent à coups de billets ou de sacs de riz. Le HVM [le parti de Hery Rajaonarimampianina], tout comme le TIM [de l’ancien président Marc Ravalomanana] et le Mapar [de l’ancien président de transition Andry Rajoelina] connaissent bien les ficelles de ce métier. Ensuite, nous avons les mêmes protagonistes, tout simplement. L’histoire, surtout malgache, est un éternel recommencement et l’amnésie collective nous guette encore une fois…

Lire aussi :   Hery Rajaonarimampianina : « Quitter le pouvoir, ce serait trahir le peuple malgache »

En 2009, l’armée avait porté au pouvoir Andry Rajoelina. Cette année, elle a enjoint les politiques de trouver une solution de sortie de crise. Comment analysez-vous cela ?

La prise de position de l’armée, au lendemain de la manifestation du 21 avril qui a coûté la vie à plusieurs personnes, traduit une prudence manifeste. L’armée et les forces de l’ordre en général ont été au cours des régimes successifs considérées comme le bras armé du pouvoir politique en place. Puis ces forces se sont scindées, se vendant au plus offrant, sortant de leur réserve, jusqu’à voir leur image ternie. En appelant au dialogue, l’armée se place cette fois sur le terrain de la neutralité et veut peut-être se débarrasserde l’étiquette de putschiste qui lui colle à la peau. Seule la suite des événements nous dira dire si elle peut vraiment rester neutre et indépendante de la sphère politique.

Quel rôle peut jouer l’Eglise dans la recherche d’un compromis ?

L’Eglise – comprendre les quatre confessions majeures – tient une place prépondérante dans la vie des Malgaches, et ce depuis les temps royaux. Sa défense des pauvres parle à une population dont la paupérisation n’a cessé de s’aggraver au fil des décennies. L’Eglise s’est toujours occupée de politique, même si elle s’en défend officiellement. La lecture des communiqués de la Conférence épiscopale de Madagascar (CEM) ou l’analyse du comportement du FFKM, le Conseil des églises malgaches, ne laisse aucun doute là-dessus.

Le FFKM a gagné ses jalons de médiateur lors de la crise de 1991 et n’a cessé depuis, en bien ou en mal, de s’intéresser à la question politique. L’Eglise est perçue comme un rempart éthique contre les dérives politiciennes. Cette confiance a pourtant été ébranlée par les partis pris politiques de certains prélats. Les fidèles sont de plus en plus sceptiques devant l’immixtion de l’Eglise dans les affaires nationales. Quoi qu’il en soit, faute de mieux, les médiateurs religieux ont encore de l’avenir devant eux.

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Après un mois de tensions, le ministre de la défense a sommé le pouvoir et l’opposition de trouver un terrain d’entente.

Lors d’un rassemblement de l’opposition, le 26 mai à Antananarivo.

« Nous incitons tous les responsables de cette crise qui veulent bloquer la vie de la nation à trouver une issue, a prévenu, jeudi 31 mai, Béni Xavier Rasolofonirina, ministre de la défense, dans un communiqué. Cela devrait être fait dans les délais imposés par la Haute Cour constitutionnelle, faute de quoi les forces de l’ordre interviendront comme dernier rempart de la nation (…) afin de ne pas laisser le pays dans une situation catastrophique. »

Le 25 mai, la Haute Cour constitutionnelle a ordonné au président Hery Rajaonarimampianina de « nommer un Premier ministre de consensus » et un gouvernement d’union nationale afin de mettre un terme aux manifestations quotidiennes de l’opposition, qui réclame depuis plus d’un mois la démission du chef de l’Etat, élu en 2013.

Mais cette injonction a suscité la polémique car le régime et ses adversaires revendiquent tous les deux la majorité à l’Assemblée nationale où de nombreux élus ont changé de camp depuis leur élection. Les négociations entre les deux camps sont aujourd’hui au point mort.

« Grave danger pour la nation »

« Si par malheur vous vous chamaillez sur les dispositions de la Haute Cour constitutionnelle, cela constituera un grave danger pour la nation. Ce sont les ennemis de la nation qui en profiteront », a insisté Béni Xavier Rasolofonirina, ancien chef d’état-major de l’armée. Le principal parti d’opposition, le Mapar de l’ancien président Andry Rajoelina, a dénoncé ces menaces.

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« L’armée n’a pas à appliquer la situation d’exception indiquée dans la Constitution tant qu’aucun ennemi ne vient nous attaquer de l’extérieur », a réagi à l’AFP le porte-parole du Mapar, Augustin Andriamananoro.

Les militaires sont déjà intervenus dans la vie politique récente très mouvementée de Madagascar. En 2009, le président Marc Ravalomanana avait quitté le pouvoir après une mutinerie de l’armée qui avait permis à M. Rajoelina, alors maire de la capitale, de devenir président non élu d’une transition qui avait duré jusqu’aux élections de 2013. Cette fois, c’est l’adoption de lois électorales controversées en amont des élections présidentielle et législatives prévues cette année qui a déclenché la crise.

La démission du président exigée dans les manifestations

Chaque jour depuis la fin avril, des centaines de partisans de l’opposition occupent la place emblématique du 13-Mai à Antananarivo pour exiger la démission du président. Deux manifestants ont été tués au début de la fronde, mais les rassemblements sont aujourd’hui pacifiques.

Lire aussi :   « Madagascar est le seul pays qui s’appauvrit depuis soixante ans sans avoir connu la guerre »

La déclaration du ministre de la Défense intervient au premier jour d’une rencontre organisée entre les deux camps sous l’égide du Conseil national de réconciliation malgache. Le parti présidentiel HVM et l’opposition étaient représentés, mais le chef de l’Etat et les dirigeants de l’opposition ont boudé la réunion, qui doit toutefois se poursuivre vendredi.

« On n’est pas ici pour nommer un Premier ministre, cela ne relève pas de notre compétence. On est là pour constituer une plateforme pour les discussions demandées dans la décision de la Haute Cour constitutionnelle », a expliqué le président du Conseil national de réconciliation, Maka Alphonse.

Dans sa décision rendue il y a une semaine, la Haute Cour constitutionnelle a également accéléré le calendrier électoral en exigeant la tenue de la présidentielle et des législatives pendant la « saison sèche », soit avant fin septembre.

L’actuel chef de l’Etat n’a pas encore annoncé s’il allait briguer un second mandat. En revanche, les deux principaux chefs de l’opposition, M. Ravalomanana, président de 2002 à 2009, et M. Rajoelina, au pouvoir de 2009 à 2014, ont déjà laissé entendre qu’ils étaient prêts à se lancer dans la bataille. Ces deux anciens ennemis font aujourd’hui cause commune contre le régime en place.

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Alors que l’auteur publie un nouveau roman intitulé « Revenir », notre chroniqueur l’a invité à s’exprimer sur les mots qui jalonnent sa vie et son œuvre.

 

 

L’écrivain, poète et dramaturge malgache Jean-Luc Raharimanana.

L’écrivain, poète et dramaturge malgache Jean-Luc Raharimanana. CRÉDITS : JOCELYN MAILLE

Chronique. La violence de l’histoire hante l’œuvre de l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana. Des massacres commis par l’armée française en 1947 aux ruines de la mondialisation, sa plume poétique appuie là où ça fait mal. Raharimanana est de retour en librairie avec Revenir, son roman le plus autobiographique. Entretien en forme d’abécédaire.

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Afro Courts, mes cheveux semblent lisses et me classent hors de l’Afrique. Plus ils poussent, plus ils se dressent, méprisant toute tentative de les coiffer, ils n’en font qu’à leur tête ! La solution : couperras, style militaire ou garçon sage. Mais ils poussent vite, il faut au bout de quelques jours aller chez le coiffeur avec cette impression de raser cette Afrique poussant sur ma tête. Puis un jour, j’ai laissé, comme pendant l’enfance, quand tout le monde était disco… Mon afro est politique, je la porte fière, pour dire à toutes ces jeunes femmes et hommes qui ont honte de leurs cheveux crépus ou frisés que nous sommes beaux et libres d’être nous-mêmes.

Autobiographie Dans la rue je regarde les gens qui traversent, qui passent, qui conversent, qui vivent. Leurs instants sont précieux, ils ne le savent pas toujours. Dans quelques secondes, ils n’iront plus dans cette rue de la même manière. Ils auront disparu. Et personne ne saura qu’ils étaient passés là. Puis je me rends compte que je fais partie du lot. Alors tricher, se poser en autobiographe… Peine perdue, je deviendrais personnage, fiction, car aucun lecteur, plus tard, ne m’aurait rencontré en vrai. Ceux qui m’auront connu passeront aussi. La même rue restera là, pour d’autres anonymes. L’autobiographie est une fiction en devenir.

Ecriture Aussi loin que je revienne en arrière, je ne retrouve pas le temps où j’ai été autre qu’écriture. Scriptura, l’ouvrage, sur soi, sur la langue, la voix et la graphie, se sculpter indéfiniment.

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Enfance Lente agonie de l’innocence. Qui a inoculé le premier poison ?

Etre Comment traduire « To be or not to be » ou « Je pense donc je suis » quand le verbe « être » n’existe pas dans sa propre langue, le malagasy ? Et quelle est cette folie d’utiliser le français où le verbe « être » se ramène à toutes les conjugaisons ?

Ile Notre continent est sous la mer, peuplé d’ancêtres mythiques. Nous sommes l’aller et le retour. Il a bien fallu arriver là, faire la traversée. Il faudrait bien repartir pour ne pas se couper de cette part de soi de l’autre côté de l’océan. La mer coupe la mémoire et élabore des utopies. L’île est un rêve qui vire très vite en illusion. Les vagues sont indispensables pour remodeler les rives et garder la variabilité des choses. L’éphémère est indispensable pour le renouvellement permanent.

Malagasy J’ai découvert enfant que les adultes se demandaient s’ils étaient malgaches ou français, j’étais sidéré ! Ils étaient adultes et ils ne savaient pas qu’ils étaient malagasy ? Je passe mon temps à dire aux journalistes, critiques et universitaires que non, je n’ai pas de problème d’identité. Je suis malagasy. Zay. Tsisy problem.

Mémoire Une lectrice, juive, m’avait dit un jour combien nous avons de la chance, nous les Malagasy, d’honorer autant nos morts, nos ancêtres, nos terres, elle ne pouvait pas remonter plus loin que son grand-père, mort à Auschwitz.

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Mondialisation Monde idéalisation, monde fait aliénation. J’aime bien le mot pourtant. Une bien grande maison…

Mourant Un ami m’appelle comme ça. Au téléphone, j’ai la voix à peine audible, je m’entends assez pour ne pas parler fort. Adolescent, j’étais convaincu de mourir jeune. Maintenant, tout est bonus. Jusqu’à 100 ans ! Au moins !

Nour Ce rêve qui m’accompagne, d’une femme d’eau dont les traits du visage ne se fixent pas. Elle revient, inlassablement, comme ses cheveux d’écume, dans tous mes livres, femme d’eau, fille de l’eau.

Océan Longtemps, j’ai cru que l’océan tombait dans l’horizon. Qu’il y avait une chute infinie, là-bas où mourrait le soleil. Un récit de mon grand-oncle m’avait marqué : des zébus sortent tous les jours de la mer et on n’a pas le droit de regarder cet instant. Les contempler sortir de l’océan, c’est se destiner au malheur. La terre est de conquête, la mer est d’oubli. Se rappeler que les ancêtres sont venus de là en laissant tout derrière eux. Pas la peine de revenir sur le passé. Les conquérants sont venus de là aussi. Les exilés y disparaissent. L’océan est une vaste blessure. Je regarde la carte : à l’ouest, le Mozambique, porte de l’Afrique, proche et si lointaine. Au nord et à l’est, l’Arabie, les Indes, l’Asie : du domaine de l’oubli et des mythes. Au sud : l’Antarctique, les terres sans rien, perdition. Restons sur terre.

Poésie L’anomalie, c’est la laideur.

Résistance Est-ce naturel de se soumettre ? Il n’y a rien d’héroïque dans le fait de résister. C’est juste rester en humanité. C’est peut-être cela qui n’est pas naturel : rester en humanité…

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Za Le verbe « être » n’existe donc pas en malagasy. Si l’on n’est pas, c’est que l’on est tout. Ainsi Za s’est mis en place. Un film invisible parcourt ce roman : les personnages se sont ligués pour exécuterle narrateur. En tête du cortège, Za. Za brouille les cartes en s’accaparant la première et la troisième personne : za, « je » en malagasy, et Za, équivalent d’un surnom en français, « il ». Ainsi chacun des personnages devait exister de lui-même, sans que le narrateur ne prenne en charge le récit de son êtremaudire cette langue malagasy qui n’a pas de verbe « être » et rendre folle cette langue française où ne « sont » que deux auxiliaires, « être » et « avoir ». Deux verbes au service de tous, forts et faibles à la fois : forts, car aidant tous les autres ; faibles, car effaçant leurs propres sens quand ils conjuguent le gros de la troupe. Mais le narrateur a une défense imparable : se réfugier dans le malagasy et présenter l’inexistence du verbe « être ». S’ouvrir au tout, toutes possibilités d’être, ne plus se limiter à une seule identité qui souvent étouffe. Se tenir loin de cet être réduit dans le temps, dans la chair, dans l’existence. S’allonger alors sur le temps, sur l’espace, sur toute vibration, frémissement, le narrateur vit le cosmos. Il est Za finalement, « moi » et « il ». L’alter et l’ego. Tout personnage n’est qu’avatar du narrateur. Za est Ça.

Revenir, de Raharimanana, éd. Rivages, 300 pages, 22 euros. Egalement Nour, 1947, éd. Le Serpent à Plumes, 2001 (rééd. Vents d’ailleurs, 2017) et Za, réd. Philippe Rey, 2008.

Abdourahman A. Waberi est un écrivain franco-djiboutien, professeur à la George-Washington University et auteur, entre autres, de Moisson de crânes (2000), d’Aux Etats-Unis d’Afrique (2006) et de La Divine Chanson (2015).

 

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mercredi 27 mai 2015 | Léa Ratsiazo
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À presque minuit le 26 mai 2015, le président de l’Assemblée nationale, Jean Max Rakotomamonjy a lu le résultat des votes des députés : par 121 voix pour, quatre (4) voix contre et zéro (0) abstention, les députés de Madagascar ont voté la destitution du président de la République Hery Rajaonarimampianina. Sur les 151 membres que compte l’Assemblée nationale, plus de deux tiers ont voté la motion de déchéance du chef de l’État selon les termes de la Constitution. Cette décision des députés, avec la requête, va être déposée à la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) ce jour, 27 mai 2015. Car, la décision finale lui revient. La requête d’accusation aux fins de déchéance du chef de l’État a été déposée le vendredi 22 mai et le long week-end de Pentecôte a été utilisé par les députés pour se convaincre de la nécessité de déchoir le chef de l’État.

Les griefs des députés contre le président de la République sont nombreux. Les députés déclarent pêle-mêle l’incapacité du chef de l’Etat à gérer le pays, son inaction depuis sa prise de pouvoir et surtout son non respect de la Constitution, le fameux article 54, la laïcité en l’occurrence, le non respect de la séparation des pouvoirs législatif et exécutif, son ingérence dans le fonctionnement de l’Assemblée nationale, sa non promulgation des lois pendant les 3 semaines après le vote, et la non mise en place de la Haute Cour de Justice. La signature par le président de la République des résolutions des dernières assises nationales avec le FFKM est également dénoncée par les députés. « Haute trahison », selon les élus. Signature vaut acceptation selon eux et c’est surtout cette menace de dissolution de l’Assemblée nationale qui a motivé la grande majorité des députés.

Les députés pro-régime contestent violemment ce vote. Les députés Kathy et Toto Lydia dénoncent le bourrage des urnes pendant le vote : « nous étions 102 députés présents dont 30 se sont affichés contre cette requête et sont sortis de la salle. Dès lors comment ont-ils pu avoir 125 voix dans ce cas ? » demandent-elles. Ces dernières déclarent qu’elles vont déposer des plaintes auprès de la HCC.

Mais la procédure n’a pas été respectée depuis le début. Le nombre des députés présents et qui vont participer au vote aurait dû être annoncé et déclaré avant le scrutin. C’est seulement après le vote que le nombre des votants a été connu.

Les résolutions des assises de la réconciliation nationale qui recommandent la dissolution de toutes les institutions sauf la Présidence de la République, sont à la source de tous ces problèmes. Le chef de l’État, indécis comme toujours, n’a jamais annoncé sa décision sur la dissolution ou non des institutions dont l’Assemblée nationale. Et les députés ont préféré prendre les devants. Malheureusement, ceux qui ont prédit une nouvelle crise ont raison ! Et voilà où nous a conduit le forcing du FFKM et du chef de l’État sur le processus de réconciliation nationale.

Madagascar est en perpétuelle crise !

 

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Le chef de l’Etat, contesté dans la rue par des manifestants qui réclament sa démission, a répondu aux questions du « Monde Afrique ».

 

Le président malgache, Hery Rajaonarimampianina, à Antananarivo, le 29 avril 2018.

Le président malgache, Hery Rajaonarimampianina, à Antananarivo, le 29 avril 2018. CRÉDITS : RIJASOLO / AFP

Alors qu’une élection présidentielle doit avoir lieu fin 2018, Madagascar connaît une nouvelle crise politique depuis l’adoption, le 3 avril, de lois électorales contestées par l’opposition. La tension s’est accentuée après la manifestation du 21 avril, qui a fait au moins deux morts et 17 blessés à Antananarivo. Désormais, les députés de l’opposition réclament la démission du président Hery Rajaonarimampianina. Alors que les manifestations ont repris lundi 30 avril sur fond d’appel à la grève générale et que l’opposition a appelé au blocage des administrations et des ministères, le chef de l’Etat a répondu, dimanche, aux questions de l’AFP, RFI et Le Monde Afrique.

L’opposition réclame votre démission. Que lui répondez-vous ?

Hery Rajaonarimampianina Je suis président par la volonté du peuple malgache. Ce serait le trahir que de quitter le pouvoir alors que ce sont non pas des milliers, mais des millions de personnes qui m’ont élu. Ce n’est d’ailleurs pas une question d’effectif ou de nombre ; c’est une question de principe et de légalité.

Au moins deux personnes sont mortes le 21 avril : les forces de l’ordre sont accusées d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants…

Qui accuse les forces de l’ordre ? Je pense que personne n’a donné instruction aux forces armées de tirer, surtout à balles réelles. C’est une méthode pour dire que les responsables, ce sont le gouvernement ou les autorités. Mais je peux vous dire, sans préjuger des conclusions de l’enquête en cours, que les premiers résultats de l’autopsie révèlent que ce ne sont pas les militaires qui ont tiré. On a tiré sur un blessé à la chevrotine. Est-ce que les militaires tirent avec des chevrotines ? Les militaires n’ont pas tiré sur les manifestants, c’est ma conviction la plus profonde, mais laissons l’enquête se poursuivre.

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Les lois électorales sont à l’origine de la contestation. L’opposition dénonce des textes trop favorables au pouvoir et accuse les députés de la majorité d’avoir été soudoyés pour les adopter. Pensez-vous que ces lois doivent retourner au Parlement ?

Ces lois ont été élaborées sur un temps relativement long. On a commencé à discuter de la nécessité de rénover les lois électorales en 2016. Donc tout le monde a été appelé, de manière inclusive et participative, à la discussion concernant le processus électoral. Tout le monde y a participé, opposition comme société civile. Tout le monde a pu discuter dans le cadre de ce processus. Il y a eu un forum, puis des commissions, et évidemment il appartient ensuite au gouvernement de rédiger ces lois, puis de les soumettre au Parlement. Et je peux vous dire que les règles d’approbation de ces lois ont été scrupuleusement respectées.

Aucun député de la majorité n’a donc été corrompu ?

Si vous l’affirmez, alors apportez-moi les preuves. Chaque fois que des lois sont votées à l’Assemblée nationale, on parle de corruption. Mais les lois votées dans le passé ne sont pas toujours des textes proposés par le gouvernement. Le gouvernement propose des lois, il appartient ensuite aux députés et aux sénateurs d’apporter des amendements, des corrections.

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Quelles sont vos relations avec vos opposants, les anciens présidents Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina ?

Mes relations ne se placent pas du tout dans le cadre d’une logique d’affrontement. Je n’ai jamais eu de discussion avec le président de la transition Andry Rajoelina. Ils ne m’ont pas consulté pour leur candidature, je l’ai appris à la radio et à la télévision. Ils étaient quasiment en campagne à ce moment-là.

Voyez-vous un inconvénient à leurs candidatures ?

Pas du tout. D’ailleurs il n’appartient pas à un président de la République en exercice de se prononcer sur des candidatures. S’ils sont candidats et que les dispositions légales le permettent, il n’y a aucun inconvénient.

Que pensez-vous du fait qu’Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana se soient rendus sur la place du 13-Mai, où ont lieu les manifestations ?

Cela m’étonne. Si on est candidat, me semble-t-il, on est candidat dans le cadre d’une élection, pas dans le cadre d’une manifestation dans la rue. Si on est prêt à être candidat, je crois que c’est par la voie des élections qu’il faut passer. C’est la règle légale et le principe de la démocratie.

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Serez-vous candidat à votre succession lors de l’élection prévue en fin d’année ?

Mon rôle, aujourd’hui, c’est de travailler. On a beaucoup de projets à mettre en œuvre actuellement. Ce n’est qu’en décembre 2016 qu’on a pu avoir les financements nécessaires suite à la conférence de Paris, et ce n’est que l’année dernière qu’on a pu mettre véritablement en place ces financements, que ce soit de la part de bailleurs de fonds ou d’investisseurs. À mon avis, le plus important après cinquante-cinq ans de pauvreté, c’est de travailler pour l’économie et le développement. C’est la lutte contre la pauvreté qui est la priorité de tous

 

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