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A Berlin, le mythique théâtre de la Volksbühne occupé

La célèbre scène de l’est de la capitale allemande est squattée depuis vendredi par un collectif, qui entend là protester contre les politiques culturelles de la ville et lutter contre la gentrification.

La Volksbühne, à Berlin.

© Schöning La Volksbühne, à Berlin.Ce sont d’immenses lettres noires sur un morceau de tissu géant accroché sur la façade de la Volksbühne. «Doch kunst», «Si, c’est de l’art», interroge la banderole. Les portes de ce mythique théâtre de l’Est berlinois sont verrouillées. Des gens boivent des bières dans la rue, des passants veulent rentrer par les portes latérales mais sont refoulés, d’autres arrivent à se glisser à l’intérieur du théâtre à la faveur du désordre ambiant. Il y a des affiches partout. Dehors il bruine, dedans tout est à la fois désordonné et très organisé : la Volksbühne est devenue depuis vendredi une sorte de ZAD culturelle au cœur de la capitale allemande et samedi soir, 500 personnes ont essayé d’y entrer – sans y parvenir.

Dans un texte publié samedi, le collectif Staub zu Glitzer («De la poussière aux paillettes»), qui se présente comme «féministe, antiraciste et queer», annonce avoir planifié l’occupation des lieux depuis des mois. Il s’y est donc installé, et compte faire du théâtre une scène autogérée et gratuite, avec ses propres productions.

Wir nehmen das Theaterhaus in Besitz und erklären es zum Eigentum aller Menschen! 

«Nous prenons possession du théâtre et nous le déclarons propriété de toutes et de tous !»

Les occupants entendent envoyer là «un signal contre la politique culturelle»mais aussi «urbanistique de la ville», victime d’un phénomène croissant de gentrification, disent-ils sur leur site. Surtout dans ce quartier de l’Est historique, situé à deux encablures d’Alexanderplatz, et où le siège du parti de gauche radicale Die Linke côtoie une chaîne de restaurants à burgers, Belushi’s.

Les protestataires ciblent également le nouveau directeur de la Volksbühne, Chris Dercon, ex-directeur de la Tate Modern de Londres, mis en cause par ses détracteurs depuis qu’il a récemment remplacé à ce poste le metteur en scène allemand Frank Castorf, qui présidait à la destinée du lieu – bastion de l’ex-RDA –, et en fixait la ligne éditoriale depuis 26 ans. Ses opposants sont convaincus que l’arrivée de Dercon marque la fin d’une époque avec des productions plus commerciales, moins politisées, et ce dans un contexte financier très difficile pour Berlin. Diverses tentatives de conciliation avec la mairie de Berlin, la police et Chris Dercon n’ont pas abouti. «Nous ne savons pas si le travail de répétition va pouvoir reprendre lundi», a indiqué le théâtre.

De fait, on ne voit pas bien comment des répétitions pourraient avoir lieu dans une Volksbühne occupée, où certains dorment là depuis vendredi, tandis que d’autres organisent des assemblées générales avec débats thématisés. Une salle de presse a été constituée à l’étage. En bas, des activistes boivent des bières ou des boissons énergisantes, quand d’autres dansent dans l’une des salles, le «salon rouge», sorte de salle de réception transformée pour l’occasion en discothèque, avec stroboscopes, pintes de bière à deux euros et DJ.

Il y a là un agrégat fourmillant d’artistes, d’étudiants et de militants de la gauche radicale et antifasciste – comme Andre, croisé dans la discothèque, qui se définit comme «léniniste» et qui lui aussi proteste contre la gentrification de la ville, bière à la main et roulée à la bouche. Les élections de ce dimanche sont sur toutes les lèvres. Beaucoup veulent faire de la Volksbühne une arène politique pour la gauche : samedi, on y trouvait des affiches invitant les protestataires à manifester contre l’extrême droite de l’AfD, aujourd’hui à Berlin.

Janos, un jeune comédien croisé à l’entrée du théâtre, placarde des affiches dans l’entrée du théâtre, devenu hall d’informations en tous genres. Le squat s’est organisé pour durer, et les protestataires font attention à respecter le lieu qu’ils occupent : des affiches interdisant de fumer sont collées partout, d’autres dissuadent les occupants de tagger. Des systèmes de troc sont mis en place, chacun apporte ce qu’il peut, ce qu’il veut, qui une bouilloire, qui des vêtements pour en faire des costumes de scène. Des militants se sont reconvertis en agents de sécurité et protègent certains espaces du théâtre pour évider les dégradations. «Si on ne fait pas ça, dit Moritz, venu de Munich prêter main-forte au collectif, on sait qu’on sera délogés par la police très vite.» Un type ivre fait tomber sa bière sur le sol en marbre du théâtre. Il sourit : «C’est précisément ce genre de choses qu’on veut éviter.»

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