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Brigitte Bardot et son fils Nicolas : « Je m’en fous, je ne veux plus le voir

Était-ce parce que représenter l’érotisme à la française était trop lourd à porter ? Parce qu’elle n’avait pas aimé être enfant ? BB, en tous cas, semble ne pas avoir su être une mère pour son fils, Nicolas.

Brigitte Bardot et son fils Nicolas : "Je m'en fous, je ne veux plus le voir"

© Getty Brigitte Bardot et son fils Nicolas : « Je m’en fous, je ne veux plus le voir »
Il paraît que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. En 1959, la plus belle fille du monde s’appelle Brigitte Bardot et elle ne peut, en effet, donner que ce qu’elle a : ses 25 ans, sa beauté provocante, son corps de danseuse possédé par le mambo dans « Et Dieu… créa la femme », sa manière bien à elle d’être libre et d’enchaîner les amants qui préfigure, dans cette pesante après-guerre, une nouvelle ère d’émancipation féminine et sexuelle. Ce qui est déjà beaucoup.

Un bébé pour BB ? Qu’est-ce qu’un nourrisson fragile pourrait obtenir d’une frivole femme-enfant happée par la gloire ? Pour cette jeune fille de bonne famille qui rêvait de devenir danseuse étoile, le cinéma n’a jamais été qu’un second choix, venu à elle par hasard. En revanche, la célébrité soudaine, immense, internationale qui l’accompagne procure à la féline lolita le sentiment – forcément illusoire – d’être enfin aimée, regardée, reconnue. L’ex-petite fille qui se trouvait si laide – elle est amblyope de naissance, c’est-à-dire presque borgne de l’oeil gauche, affublée de lunettes et d’un appareil dentaire – disparaît au profit d’une créature de rêve. Comme Marilyn Monroe, Bardot dissimule sous un sex-appeal solaire et triomphant des abîmes de désespoir : parents distants, haine de soi, enfance anxieuse et solitaire à laquelle elle tente de mettre fin, à 15 ans, avec une première tentative de suicide. En regard du narcissisme blessé de l’actrice, un enfant ne pèse pas lourd. Et la transformation du corps provoquée par la grossesse risquerait d’endommager à jamais la radieuse image d’elle-même qu’elle a construite sur des cendres, et qui lui permet de survivre, tant bien que mal. « Toute sa vie, Bardot a été, et est restée elle-même une enfant », explique Marie-Dominique Lelièvre, auteure d’une biographie sur le mythe (« Brigitte Bardot. Plein la vue », éd. Flammarion).

D’ailleurs, avec un instinct sans faille, en 1959, le bel animal ambitieux et programmé pour séduire n’en désire pas, ou pas encore. Enceinte à 17 ans de son premier mari, Roger Vadim, la jeune femme a déjà avorté clandestinement en Suisse, bravant l’État français qui n’autorisera l’IVG qu’en 1975, avec la loi Veil. À nouveau enceinte de Vadim, elle avorte une deuxième fois. Envoyée en urgence à l’hôpital pour une hémorragie, elle fait un arrêt du coeur pendant l’anesthésie, mal dosée, et ne doit son salut qu’au massage cardiaque. Pourtant, lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte de Jacques Charrier, le jeune premier des « Tricheurs » (1958), son partenaire dans « Babette s’en va-t-en guerre » (1959) – en ces temps antédiluviens, les femmes n’ont pas accès à la pilule, et emploient la très aléatoire méthode Ogino -, Brigitte Bardot n’hésite pas. Malgré le traumatisme de sa deuxième interruption de grossesse, en cachette de son homme, elle cherche à avorter. Mais aucun médecin contacté par ses soins n’accepte, dit-elle, de courir le risque de mettre en danger la vie d’une star, fût-elle en détresse. Alors Bardot se résout à garder l’enfant. Ce qui signifie aussi rentrer dans le rang. Le sex-symbol d’un Saint-Tropez primitif, pas encore colonisé par les touristes ou les riches, affolait les foules avec ses shorts ultra courts et sa crinière au vent. Elle se marie bourgeoisement avec Charrier à la mairie de Louveciennes (78), devant une meute de photographes. Seules entorses à la tradition : sa robe, coupée dans un tissu vichy, qui cache son « baby bump », et « le baiser final, passionné et presque indécent » des époux, comme le notera « Paris Match » à l’époque.

« C’était comme une tumeur qui s’était nourrie de moi, que j’avais portée dans ma chair tuméfiée, n’attendant que le moment béni où l’on m’en débarrasserait enfin. Le cauchemar arrivé à son paroxysme, il fallait que j’assume à vie l’objet de mon malheur »

Dans son autobiographie publiée en 1996, « Initiales B.B. » (éd. Grasset) qui fera scandale, la star emploie des mots tabous, dérangeants, violents, pour décrire sa grossesse. « C’était comme une tumeur qui s’était nourrie de moi, que j’avais portée dans ma chair tuméfiée, n’attendant que le moment béni où l’on m’en débarrasserait enfin. Le cauchemar arrivé à son paroxysme, il fallait que j’assume à vie l’objet de mon malheur », écrit-elle. Meurtri gravement par ces phrases, son fils, Nicolas lui intentera un procès en octobre 1996 pour atteinte à l’intimité intra-utérine. Ces mots, d’autres femmes les ont employés avant elle et les emploieront encore, explique cependant la psychanalyste Marie-Magdeleine Lessana, auteure d’« En suivant la mer » (éd. Paulsen). « Car même si le terme choque, c’est une réalité biologique, le foetus est bien une tumeur, c’est-à-dire une accumulation de cellules implantées qui perturbe le fonctionnement normal du corps et qui va s’individuer, indique-t-elle. Grâce à notre savoir abstrait, nous savons qu’il s’agit d’une vie. Pour aider le processus, nous greffons dessus de l’attente, de l’espoir, un imaginaire. Mais dans toutes les cultures, il y a un ajustement qui doit se faire entre le foetus dans le ventre, le bébé imaginaire, et celui qui sort de l’utérus pour que la mère adopte son enfant. Chez certaines femmes, c’est dur, compliqué, elles se sentent envahies, elles ont besoin de nounous, de grands-mères pour les aider. »

Pour ne rien arranger, l’accouchement de Bardot, selon la principale intéressée, n’est en rien une délivrance. L’actrice se remet à peine de l’absence du futur père qui a fait une tentative de suicide pour échapper aux trois ans réglementaires de service national et vient de sortir de l’hôpital psychiatrique. Les centaines de photographes et de journalistes du monde entier dépêchés pour couvrir la naissance ont contraint BB à se retrancher dans sa chambre de l’avenue Paul-Doumer (Paris 16e ), transformée en clinique obstétricale. Elle vit les rideaux tirés depuis que certains d’entre eux ont loué, à prix d’or, des chambres de bonne ayant vue sur son appartement. Le 11 janvier 1960, elle accouche sans analgésiques, pratique courante à l’époque, et la douleur est si intense qu’elle se roule en boule sur le plancher. « Animal blessé à mort, je hurlais sans aucune retenue », écrit-elle. « Lorsqu’on pose l’enfant sur son ventre, elle est tellement épuisée qu’elle le repousse », raconte Marie-Dominique Lelièvre. Un animal blessé rejette son petit. La jeune femme n’a qu’un désir, la tranquillité. On lui annonce que c’est un garçon. « Je m’en fous, je ne veux plus le voir », s’irrite-t-elle. Elle le prénomme Nicolas. Littéralement, « le peuple vainqueur » ou « celui qui apporte la victoire ». Quelle victoire ?

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© Fournis par Elle GettyImages-541079855 Getty

Diffusé cinq jours plus tard à la télé, un reportage exclusif du magazine d’information « Cinq colonnes à la une » met en scène la jeune accouchée chez elle, au lit, nattée-crêpée, et vêtue d’une chemise de nuit immaculée. Jacques Charrier lui amène précautionneusement le bébé, empaqueté dans ses langes. Yeux cernés maquillés de noir, BB s’en empare maladroitement, multiplie les sourires factices à la caméra, grossit chaque geste affectueux ou supposément « maternel » qu’elle a envers l’enfant. Si la scène n’était pas sinistre, digne du moralisme suranné de l’époque, on la trouverait presque comique. « Je suis devenue mère exactement quand il ne le fallait pas, confiera tout cru Brigitte Bardot dans une interview télévisée datant de 1982. Je l’ai vécu comme un drame. Ça a fait deux malheureux : mon fils et moi. »

Car le mal semble fait. Quelque chose ne s’est pas noué entre Nicolas et sa maman. Confié à une nounou, Moussia, accaparé par sa grand-mère paternelle, le bébé pleure dès qu’il est mis entre les mains de Bardot, persuadée qu’il ne l’aime pas. Une faute grave pour certaines stars, dont la survie et l’équilibre psychiques dépendent entièrement de l’amour des autres. Irritable, colérique, Bardot piaffe de retrouver son indépendance, son métier, son public, et… ses amants. L’actrice débute une liaison avec Sami Frey, son partenaire de « La Vérité » (1960), d’Henri-Georges Clouzot, et rompt avec Jacques Charrier. Le divorce entre les deux acteurs est inévitable. Et le sort de Nicolas est scellé le jour de la conciliation entre les époux au palais de justice, comme le raconte Jacques Charrier dans « Ma réponse à Brigitte Bardot » (éd. Michel Lafon), paru en 1997. Selon lui, la star n’aurait eu aucun mal à lui abandonner son droit de garde, arguant que son souci majeur était d’assurer à son fils « une éducation équilibrée dans un environnement sain ».

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© Fournis par Elle GettyImages-542247020 Brigitte Bardot à La Madrague avec Jacques Charrier et leur fils, Nicolas

Mauvaise mère, mère indigne, Bardot ? Qui se justifie en prétendant ne pas avoir l’instinct maternel ? « Cela ne veut rien dire, précise Marie-Magdeleine Lessana. L’instinct maternel n’existe pas ; on ne naît pas mère, on le devient. Et c’est une construction culturelle qui diffère selon les sociétés. Pourquoi Brigitte Bardot ne s’est-elle pas sentie mère ? Peut-être parce qu’elle a été le symbole d’un certain érotisme féminin et en même temps un objet-victime rapté par la curiosité des foules et des paparazzis. Malheureusement pour elle, elle n’a pas eu la chance de tomber sur des partenaires qui auraient pu l’aider à se protéger de cette capture, et à construire un vrai rapport avec son enfant tout en conservant son indépendance. Ce qui l’a obligée à renoncer à lui. Encore aujourd’hui, beaucoup de mères n’ont pas dans leur entourage quelqu’un capable de leur dire qu’il n’y a pas de mal à confier son enfant à un tiers. Ni à prendre un amant, si elles le désirent… » Pour Brigitte Bardot et ses proches, la maternité est devenue un sujet touchy, tabou. Recluse dans sa propriété de La Madrague, l’activiste de la cause des animaux, âgée de 82 ans, s’occupe de sa Fondation et, depuis la publication de ses sulfureux Mémoires, ne voit plus Nicolas, installé en Norvège avec ses deux filles, Anna-Camilla et Théa-Joséphine, dont l’une est devenue mère. À la rentrée, Brigitte Bardot publiera un livre sur sa carrière de chanteuse, « Moi je joue » (le 25 octobre chez Arthaud/Flammarion), gardant pour elle l’ultime mystère de ce rendez-vous manqué avec son fils et peut-être avec elle-même

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