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Brésil: prisonnier la nuit, député le jour

 

Celso Jacob se lève tous les jours à cinq heures dans sa cellule de la prison de Papuda, près de la capitale Brasilia, et attend la voiture qui le conduit sur son lieu de travail: la Chambre des députés.

Le député du Parti du mouvement démocratique brésilien Celso Jacob s'exprime lors d'une interview avec l'AFP dans son bureau à la Chambre basse à Brasilia le 6 juillet 2017 

fournis par AFP Le député du Parti du mouvement démocratique brésilien Celso Jacob s’exprime lors d’une interview avec l’AFP dans son bureau à la Chambre basse à Brasilia le 6 juillet 2017 Si nombre de parlementaires au Brésil sont écroués ou sous enquête, le député Jacob vit une situation exceptionnelle.

Il a été condamné à sept ans de réclusion dans un régime de semi-liberté qui lui permet de voter les lois, participer aux débats et apporter son soutien à la coalition gouvernementale du président Michel Temer.

Mais le soir et le week-end, il est confiné entre les quatre murs de sa cellule qu’il partage avec deux autres prisonniers dans la prison de Papuda, sans régime de faveur.

« Ceux qui me connaissent, et dans ma ville ils me connaissent bien, souffrent avec moi », dit-il à l’AFP lors d’un entretien dans son bureau à la Chambre des députés. « Et ceux qui ne me connaissent pas pensent que je suis un voleur de plus, un autre qui a détourné (des fonds publics). Il est difficile de séparer le bon grain de l’ivraie ».

« Les gens disent: +Ah, un prisonnier qui travaille!+ », ajoute cet homme anxieux et intarissable qui ne souhaite pas être filmé au sein du parlement. « Je me défends. Je peux inverser le cours des choses », assure-t-il.

Séance plénière au parlement brésilien à Brasilia, le 29 juin 2017

© Fournis par AFP Séance plénière au parlement brésilien à Brasilia, le 29 juin 2017 A 60 ans, Celso Jacob avait atteint le faîte de sa carrière politique. Après deux mandats de suppléant, il était devenu député le 1er janvier dernier. Une promotion obtenue grâce à un jeu de chaises musicales, après la destitution d’Eduardo Cunha, ex-président de la Chambre, qui purge aujourd’hui une peine de 15 ans de prison pour corruption.

Mais le 6 juin a été un jour funeste pour Celso Jacob: il a été arrêté à l’aéroport de Brasilia. La Cour suprême venait de confirmer sa condamnation pour avoir falsifié en 2002 une loi et décrété l’état d’urgence dans la ville de Tres Rios dont il était le maire, dans l’Etat de Rio de Janeiro, afin de faire construire une crèche sans lancer d’appel d’offre.

M. Jacob reconnaît des erreurs « techniques » et dit avoir été mal conseillé. « Dans les milieux juridiques, il y a une grande perplexité au sujet de cette condamnation », assure cet économiste de formation spécialisé en éducation.

Saisi de peur 

La sentence ne pouvant faire l’objet d’un appel, M. Jacob espère que de nouveaux témoignages permettront la réouverture de son dossier.

Mais la situation actuelle du Brésil ne lui facilite pas la tâche.

La classe politique est sous un feu roulant d’accusations de corruption qui ont déjà jeté derrière les barreaux députés et hommes d’affaires en vue. Les accusations atteignent désormais le président Temer lui-même.

« Nous vivons des temps difficiles en politique, parce que nous sommes au milieu de dénonciations, d’importants détournements d’argent (…) Dans des conditions normales, il ne se serait rien passé me concernant », affirme M. Jacob.

Le député, qui fait partie des commissions de l’Education et des droits de l’Homme de la chambre basse, avoue avoir été saisi de peur le jour où il est entré à Papuda, où sont incarcérés 5.487 reclus, à environ 30 kilomètres de Brasilia.

« Ce n’est pas un endroit recommandable », estime M. Jacob.

Il se dit très sollicité par ses compagnons d’infortune pendant les week-ends, lorsqu’il reste dans l’établissement pénitentiaire. « Ils me demandent de l’aide pour que j’étudie leur cas ».

Le député-prisonnier Jacob ne peut se déplacer sans informer les autorités de ses mouvements, y compris quand les sessions parlementaires débordent sur des horaires de nuit. Faire les courses lui est interdit, de même que toute activité sociale et visite à sa famille, qui peut en revanche aller le voir à la Chambre.

Il dit faire confiance à la justice et s’appuyer sur sa foi en Dieu.

Mais il tient ses comptes de près: pour chaque période de trois jours travaillés est déduit un jour de détention. A ce rythme, il ne devrait plus dormir en prison quand il aura effectué un sixième de sa peine — soit un an et deux mois.

« Je vais devoir faire 10 mois (en prison) pour passer au régime ouvert » de détention, espère-t-il.

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