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«A la SNCF, on a affaire à un management par la terreur»

 

Les quais de la gare Saint-Lazare en juin 2014.
© BERTRAND GUAY Les quais de la gare Saint-Lazare en juin 2014. Edouard, un cheminot du syndicat SUD-Rail, s’est jeté sous un train dans la nuit de vendredi à samedi à la gare Saint-Lazare. Pour ses camarades, c’est la conséquence d’un «harcèlement» de la direction. Ce mercredi, un millier de personnes ont rendu hommage au défunt.

Les visages sont fermés, les bouches cousues, les mines défaites. Ils sont environ 1 000 ce mercredi matin à 10h30, devant la gare Saint-Lazare à Paris. Tous – camarades syndicalistes, collègues, amis personnels et même simples usagers informés du rassemblement par les médias – rassemblés à l’invitation de l’intersyndicale (CGT, SUD-Rail, CFDT, UNS et FO) pour rendre hommage à Edouard, 42 ans, employé depuis 2009 par la SNCF et délégué du personnel du syndicat SUD-Rail, qui s’est donné la mort dans la nuit de vendredi à samedi, en se jetant sous un train à la gare Saint-Lazare. Son lieu de travail. Pour, aussi, dénoncer «la politique d’entreprise de la SNCF et du gouvernement [qui] détruit le service public et tue ses défenseurs».

Pour ses collègues de SUD-Rail, cela ne fait aucun doute, leur camarade a craqué devant «l’acharnement de la direction» et a été «victime de la répression syndicale». Corinne, une collègue et amie, confirme : «Edouard n’allait pas bien depuis pas mal de temps. Du reste, il avait le statut de travailleur handicapé en raison de sa fragilité psychologique. Mais ses supérieurs n’y sont pas pour rien. Je le connais : s’il avait voulu se foutre en l’air pour des raisons personnelles et pas professionnelles, il ne l’aurait jamais fait dans sa gare.»

«Pression immense»

En arrêt maladie depuis juillet 2016, le cheminot décédé, responsable opérationnel des services à Saint-Lazare, était depuis des années en conflit avec sa hiérarchie. En 2012, il avait obtenu aux prud’hommes la condamnation de sa direction pour «discrimination salariale et harcèlement». Ce jugement avait été confirmé en appel en 2015, et les dommages et intérêts alourdis à 30 000 euros. Mais en septembre 2016, la Cour de cassation avait annulé l’arrêt de la cour d’appel pour des causes de forme et non de fond.

«La direction est responsable de la mort d’Edouard, et nous les feront condamner», lit-on sur les autocollants que ses collègues portent sur leur blouson. «Justice pour Edouard, stop à la répression», scandent les banderoles portées par la foule. Nelly, 40 ans, employée de la SNCF depuis 1999, est partagée entre tristesse et colère. «Depuis quelques années, avec la réforme, la pression mise sur les salariés est immense, dit la cheminote. Et pour les militants syndicaux, c’est encore pire. La direction essaient clairement de les faire craquer à coups de sous-entendus, de menaces et de sanctions abusives.» Les prises de parole se succèdent pour honorer la mémoire du défunt.

«Notre objectif est qu’Edouard soit le dernier sur une liste qui doit s’arrêter, dit David Michel, de SUD-Rail. Ce management agressif doit cesser. Car la direction poursuit sans relâche son œuvre de destruction humaine. Edouard était le défenseur des plus faibles et des plus fragiles.» Le syndicaliste ne le nie pas : «Oui, bien sûr qu’il souffrait, qu’il était devenu fragile, que son mal-être était le résultat de leur comportement vis-à-vis de lui. Cela faisait des années qu’il s’acharnaient contre lui.» Il en veut pour preuve qu’Edouard, père de famille, «n’avait plus de poste depuis quatre ans».

«Les yeux dans les yeux»

Selon la direction, jointe par Libération, le cheminot décédé était accusé de «harceler» ses supérieurs et avait, pour ce motif, été mis à pied douze jours à la suite d’un conseil de discipline le 13 octobre. En cause : un regard jugé «menaçant». Résultat, un dernier avertissement avant licenciement. Pour SUD-Rail, ces accusations de harcèlement sont «fantaisistes» et ont été étayées sur la base de «témoignages anonymes et non datés». De son côté, la SNCF avance que la procédure d’enquête a été menée «sous couvert de confidentialité» par sa direction de l’éthique. De plus, Edouard était «très fragile psychologiquement et parfois agressif», dit la direction. Faux, répondent ses camarades : «Mais c’est vrai qu’il était capable de regarder ses supérieurs les yeux dans les yeux sans baisser son regard. Mais ça, ça n’est plus autorisé, même si on a un mandat syndical. On a très clairement affaire à un management par la terreur.» Il y a peu, le défunt avait été informé d’une procédure de mutation à Brétigny-sur-Orge, «lieu de sinistre mémoire pour nous cheminotes et cheminots, comme pour les usagers», dit l’intersyndicale.

Sur le parvis de la gare Saint-Lazare, les interventions mettant en cause le managériat de la SNCF se succèdent. «La direction, totalement déshumanisée, veut se débarrasser de ceux qui osent dénoncer ses pratiques, dit un cheminot. Edouard s’opposait à ces dirigeants pour que des vies ne soient pas brisées. Il en a payé le prix.» Un collègue prend le micro : «Vexations, mensonges, harcèlement, climat de peur orchestré… Ces méthodes sont inacceptables.» Et de promettre : «Nos responsables, ces irresponsables, ne resteront pas impunis. Nous ne laisserons pas les choses en l’état. Militer n’est pas un crime, c’est un devoir.»

Enquête interne

Suit une minute de recueillement durant laquelle les participants au rassemblement sont invités à «faire du bruit pour faire entre [leurs] voix». Puis Eric, élu de Solidaires, monte sur le podium. «Ils essaient de nous faire croire que nous sommes le problème, que nous sommes trop fragiles et pas adaptés à ce travail. Que nous sommes le problème.» Un cheminot, qui se présente comme «le meilleur copain d’Edouard», prend la parole. «Le chauve [surnom donné à Edouard par ses camarades, ndlr] c’était un type bien. Il était révolté et détestait les mensonges. Fonctionnait aux défis. C’est vrai qu’il était provocateur avec les cons, pouvait se montrer politiquement incorrect, détestait l’injustice et l’hypocrisie. Ce qui est quasi monnaie courante désormais parmi nos dirigeants.»

Lundi, une enquête interne a été diligentée par la SNCF à la demande du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) «pour déterminer s’il peut exister une relation entre les faits survenus et la relation au travail» du salarié décédé. A midi, ce mercredi, ses camarades se sont rendus sur le quai 1 de la gare Saint-Lazare pour y déposer des fleurs en sa mémoire. Avant de retourner travailler. Mais en se jurant de «ne jamais oublier»

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