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Archive for juin 2010

Passe-Temps furieux d’avoir été évincé de Fort-BoyardFor Boyard, avril 2010

For Boyard, avril 2010 AP/SIPA

TELEVISION – «On m’a jeté à la poubelle»

Dans Fort-Boyard cet été, sur France 2: Passe-Partout, Passe-Muraille, La Boule… Mais plus de Passe-Temps. Alain Prévost de son vrai nom, s’est fait évincer de l’émission au bout de 19 ans: «On m’a jeté à la poubelle sans aucune raison valable», confie-t-il à Télé-Loisirs. «Ils m’ont donné deux excuses bidons. Que je passais trop de temps dans mon hôtel-restaurant, et qu’ils devaient faire des réductions budgétaires. La saison de 2009 a soi-disant fait 30 % de taux d’écoute en moins, et du coup, ils ne pouvaient plus me prendre.»
 
Son salaire: 2.500 € par saison. «C’est pas mon salaire qui grève le budget!» s’insurge le comédien. Alain Prévost reproche au producteur de l’émission d’être à l’origine de son éviction («Moi je suis sûr que c’est à cause du producteur qui n’était pas trop ami avec moi. C’est un monde pourri le show-bizz. Je suis amer.»), mais Franck Firmin-Guion, patron de la société de production de Fort Boyard, assure qu’il s’agit «uniquement des contraintes artistiques».
 
Cet été sur France 2, les fidèles de l’émission, débutée en 1990, pourront néanmoins retrouver la plupart des figures emblématiques.

C.P.

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Des parents manifestent contre l’insalubrité des toilettes à l’école

"Pause pipi" pour des élèves de maternelle du Mans en janvier 2009

« Pause pipi » pour des élèves de maternelle du Mans en janvier 2009 G.MICHEL/SIPA

EDUCATION – Certains enfants se retiennent et contractent des infections urinaires, constipations aigües ou autres occlusions intestinales…

Ils les ont surnommés «les toilettes de la honte». Des parents d’élèves inscrits à l’école Romain-Rolland de Saint-Cyr-l’Ecole (Yvelines) ont prévu de manifester jeudi devant la mairie pour protester contre l’état des sanitaires de l’établissement, selon Le Parisien daté de mercredi.

Selon eux, une odeur a envahi toute la cour: c’est celle de l’urine provenant des toilettes. Valérie Hours, membre du conseil des parents d’élève de Saint-Cyr-l’Ecole, a décrit les lieux au quotidien: «Les canalisations n’ont pas été refaites depuis la construction des bâtiments dans les années 1970. Les tuyaux ne sont plus étanches. L’urine fuit de partout.»

Plusieurs élèves ont eu des problèmes de santé

Une mère d’un des 365 élèves de l’école a confié que «les enfants préfèrent aller dans la cour, dans des buissons, ou même attendre le soir». Une version confirmée par une élève: «On a peur de s’y rendre car ça sent trop mauvais.» La fillette en a d’ailleurs fait les frais, puisque elle a été victime d’une cystite, une inflammation d’origine bactérienne de la vessie, due à l’impossibilité d’aller aux toilettes.

Mais il y a eu encore plus grave, puisque trois enfants ont dû être opérés à la suite d’une occlusion intestinale. Laurence, une autre mère d’élève, a raconté au Parisien l’expérience de sa fille: «Un dimanche, ma fille s’est réveillée en hurlant. Nous l’avons conduite aux urgences. Les médecins nous ont dit que ses intestins étaient bouchés à force de se retenir.»

Des travaux sont prévus dans les toilettes de cet établissement, mais leur ampleur va obliger la mairie à mettre «à disposition les sanitaires du centre de loisirs» concède Danielle Araneder, adjointe au maire déléguée aux Affaires scolaires de Saint-Cyr-l’Ecole.

Un cas loin d’être isolé

Le cas de l’école Romain-Rolland est loin d’être isolé. En effet, selon un rapport de l’Observatoire de la sécurité des établissements scolaires (ONS) publié en 2008, «21.6% des élèves présenteraient des pathologies liées à la non-fréquentation des toilettes». Cette enquête, menée auprès de 24.781 élèves de primaires répartis dans plus de 865 établissements  de 55 départements, affirme que «près de la moitié des élèves de CM1 et CM2 se sont déjà plaints de maux de ventres» parce qu’ils ne peuvent aller aux toilettes «en raison du manque d’hygiène ou d’intimité» de ceux-ci.

R.B-P.

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Pourquoi Yvan Colonna
a quitté son procès
Stéphane Durand-Souffland

«Quoi que je dise, quoi que je fasse, tout est balayé d'un revers de manche. Je ne veux plus continuer comme ça. Je quittece procès, je m'en vais, je récuse mes avocats»,a déclaré mercredi Yvan Colonna (ici, quittant la salle).
«Quoi que je dise, quoi que je fasse, tout est balayé d’un revers de manche. Je ne veux plus continuer comme ça. Je quittece procès, je m’en vais, je récuse mes avocats»,a déclaré mercredi Yvan Colonna (ici, quittant la salle). Crédits photo : AFP

ANALYSE – L’accusé et ses avocats dénonçaient depuis le début la «déloyauté» de la cour d’assises qui a décidé, mercredi, de mener les débats jusqu’à leur terme.

La cour d’assises de Paris a décidé, mercredi, de juger des planches, un banc et une vitre de verre blindé. Car Yvan Colonna, après avoir récusé ses cinq avocats, a quitté son propre procès, qui se poursuit sans lui. «Je suis choquée par son manque de courage, réagira Dominique Érignac, la veuve du préfet assassiné. Nous sommes confrontés une nouvelle fois à sa fuite. Je me demande si cela n’était pas décidé dès le premier jour.»  

C’est bel et bien le berger de Cargèse qui, peu après 15 heures, a donné le signal du clash définitif. Le président Didier Wacogne vient d’annoncer qu’une deuxième demande de reconstitution est rejetée. L’accusé se lève : «Je n’accepte pas cette décision. Pour moi, la reconstitution est importantissime. Vous ne voulez pas la faire parce qu’elle invalide le scénario initial de Pierre Alessandri (membre du commando condamné à perpétuité en 2003, NDLR). Quoi que je dise, quoi que je fasse, tout est balayé d’un revers de manche. Je ne veux plus continuer comme ça. Je quitte ce procès, je m’en vais, je récuse mes avocats. Je redescends dans la souricière où il fait bon vivre, hein, madame (il darde un regard furieux sur une assesseuse, NDLR), où ça sent la pisse. Si vous voulez me condamner au nom de la raison d’État, faites-le, mais sans moi. Je suis innocent, et vous le savez.»  

Des applaudissements éclatent dans la salle. Le président, blême, s’adresse à Mes Garbarini, Sollacaro, Simeoni et Maisonneuve (leur confrère Dehapiot est absent) : «Je vais vous commettre d’office.»  

Me Maisonneuve : «Je ne serai pas un avocat potiche, je n’ai pas l’intention de trahir la mission qui m’a été assignée. Je ne suis plus l’avocat d’Yvan Colonna.  

– La cour refuse vos excuses.  

– Je n’en ai pas présenté !»  

Tout le naufrage du procès tient en cet échange, qui résume l’histoire d’un dialogue impossible. Dès le deuxième jour des débats, qui se sont ouverts le 9 février, Yvan Colonna adopte une attitude intraitable. Il «interdit» à ses proches de venir témoigner. Il affirme d’emblée que son procès est politique, et que, comme Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, l’avait qualifié d’«assassin» du préfet Érignac, sa condamnation est dictée à la cour.  

Le 16 février, il franchit un pas supplémentaire en s’en prenant au président Wacogne : «J’affirme que vous êtes en mission pour me faire condamner au nom de la raison d’État, alors que je suis innocent. (…) La cerise sur le gâteau, c’est votre déloyauté au sujet de la lettre de Didier Vinolas. Un jour, c’est vous qui devrez répondre à certaines questions !» À cette charge déchaînée, ni le président ni les avocats généraux ne répondent. Dès lors, il n’y a plus d’autorité face au box.  

D’autant que l’«affaire Vinolas», à laquelle Yvan Colonna vient de faire allusion, agit comme un lent poison qui, peu à peu, va détraquer la machine judiciaire. Peu importe, en définitive, le contenu des «révélations» de ce témoin, ancien proche collaborateur de Claude Érignac à la préfecture de la Région Corse. Ce qui heurte, c’est que les courriers qu’il a adressés au parquet général (29 décembre 2008), puis au président (28 janvier 2009), aient été dissimulés aux parties. Et comme une boulette ne vient jamais seule, la défense découvre le 24 février qu’un témoin capital, enquêteur omniprésent – et controversé – dans la procédure, a envoyé le 6 février un certificat médical pour justifier son absence à la barre. Non seulement le président ne l’en avait pas informée, mais il semble s’échiner à dissimuler la nature du mal qui ronge ce témoin. On apprend plus tard qu’il serait de nature psychologique…  

À partir de cet instant, la rupture est consommée. Les accrochages se multiplient. Mme Érignac, dit-on, aurait songé, écœurée, à ne plus assister à l’audience. Chacun sait que le procès ne pourra pas aller normalement à son terme. Que le verdict, quel qu’il puisse être, sera entaché de soupçon. Mais comment arrêter le processus ? L’institution judiciaire ne peut le décider d’elle-même, au risque de perdre la face. Mais si c’est la défense qui claque la porte, la situation est tout autre…  

Les bourdes de la cour

  

Contrairement à ce que martèlent les avocats d’Yvan Colonna, ils n’ont pas démontré l’innocence de leur client. Mais ils ont instillé un doute sérieux sur le scénario élevé au rang de dogme par l’instruction : le «groupe des anonymes», qui a ourdi l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella puis l’assassinat du préfet Érignac, était composé de sept hommes. Dans les deux cas, Yvan Colonna était présent. Le tireur d’Ajaccio, aucun doute, c’est lui. Ses complices ont été trahis par leurs téléphones portables, qui ont permis d’établir leur présence sur les lieux et de démolir leurs alibis. Placés en garde à vue le 21 mai 1999, ils ont dénoncé Yvan Colonna avec un grand luxe de détails, avant de se rétracter vingt-deux mois plus tard, de manière peu convaincante.  

Mais la défense, qui sait déjà que les témoignages oculaires lui sont tous propices et qu’il n’existe aucun élément scientifique contre l’accusé, a repris l’énorme dossier ligne à ligne. Elle affirme à présent que les «Anonymes» étaient bien plus nombreux, ce que valident les condamnés de 2003, sans toutefois révéler leur nombre réel. Elle établit l’existence d’écoutes téléphoniques, de septembre 1998 à mai 1999, qui ont été délibérément écartées de la procédure, «parce qu’elles innocentent Yvan Colonna», tempête Me Gilles Simeoni. Surtout, cet avocat analyse la téléphonie et établit que, selon lui, Didier Maranelli et Alain Ferrandi ne se trouvaient pas là où ils auraient dû être au soir du 6 février 1998. Il faut être objectif : plus de sept conspirateurs, soit ; des écoutes défavorables à l’accusation, d’accord ; des mensonges de mis en cause pendant les gardes à vue, plausible. Mais cela exonère-t-il M. Colonna de manière irréfragable ? Cette question fondamentale a été éclipsée par les bourdes de la cour. Comme la nature a horreur du vide, ces assises donnent sans cesse l’impression d’avoir horreur du doute. La démonstration de Me Simeoni sur les portables n’a, par exemple, donné lieu à aucune riposte du ministère public. De même, les déclarations troublantes, et totalement inédites, de Pierre Alessandri, laissant entendre que les membres du commando ont pu se sentir trahis par Yvan Colonna, n’ont provoqué aucune interrogation de la cour (voir nos éditions du 10 mars).  

Les fameuses écoutes fantômes

  

La défense, à l’évidence, a franchi les bornes, comme lorsque Me Antoine Sollacaro a traité la cour de «junte birmane». Mais, en dissimulant des pièces, le président a laissé s’installer l’idée que les débats étaient faussés. Son attitude face à certains témoins laisse pantois : pas une question de fond à Mlle Contart, qui a longuement croisé le regard de l’assassin du préfet – elle jure que ce n’est pas Yvan Colonna -, des dizaines de questions à Jean-Louis Malpelli, témoin oculaire de rien du tout à part de la pizza qu’il avait dégustée, le 6 février 1998, avec sa compagne, pendant que le préfet Érignac tombait sous les balles. Comment rester sans réaction face à tout cela, quand on défend un homme qui encourt la plus lourde des peines ?  

Mercredi encore, les avocats d’Yvan Colonna demandaient à M. Wacogne si les fameuses écoutes fantômes avaient été, comme il l’avait promis la semaine passée, versées au dossier. «Je n’ai pas de nouvelles», répond, désinvolte, le magistrat. Un peu plus tard, justifiant le fait qu’il avait en revanche annexé les photos d’un transport sur les lieux effectué lors du premier procès, il s’essaye à l’humour : «Si j’avais voulu verser la recette du brocciu, j’aurais pu le faire.» Le président Wacogne en est donc au fromage. Le dessert sera pour la fin mars : la condamnation à perpétuité d’un box vide, en guise de pièce montée judiciaire.

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Les non-dits de l’ex-ami
de Colonna
Stéphane Durand-Souffland

«Yvan n'a jamais fait partie de notre groupe», a affirmé lundi Pierre Alessandri devant la cour d'assises de Paris.
«Yvan n’a jamais fait partie de notre groupe», a affirmé lundi Pierre Alessandri devant la cour d’assises de Paris. Crédits photo : AFP

Pierre Alessandri s’accuse d’être le tireur mais n’a pas vraiment expliqué pourquoi il avait dénoncé son ami.

Il y a, entre Yvan Colonna et les membres du commando qui défilent à la barre des assises, un secret. Un secret comparable à ceux qui structurent certaines familles, en même temps qu’ils les gangrènent. Lundi, Pierre Alessandri, enfin, a levé un coin du voile.  

Au micro, de sa voix sépulcrale, celui qui s’accuse, depuis 2004 (il a été condamné à perpétuité un an auparavant), d’avoir personnellement assassiné le préfet Érignac, déclare, tourné vers le box : «Effectivement, j’ai des reproches à faire à Yvan. Quand j’ai décidé de franchir le pas de la violence clandestine, j’ai espéré qu’il ferait partie de notre groupe. Ce que je lui reproche, c’est ça : d’avoir laissé Didier Maranelli et Martin Ottaviani monter au charbon alors que c’est lui qui aurait dû le faire, pour être cohérent avec son discours.» Yvan Colonna, son ami d’adolescence, savait-il donc que M. Alessandri était en train de constituer, avec Alain Ferrandi, le «groupe des anonymes» ? La formule permet de l’envisager mais, bizarrement, nul ne la relève.  

Elle permet en tout cas de commencer à comprendre pourquoi Yvan Colonna s’est vu durablement accablé par ses «amis». Celui du jour, amer, ne stigmatise-t-il pas également sa «cavale aussi longue», croyant savoir qu’une «reddition rapide [lui] aurait permis de [se] disculper» ? Faut-il entendre à cet instant la complainte d’un criminel «politique» lâché par un compagnon d’arme ? Décidément, il y a trop de non-dits entre ces hommes-là.  

«Dix versions différentes»

  

Le témoin s’était au préalable échiné à sortir l’accusé du mauvais pas où il avait contribué à l’enferrer. Car lui aussi, pendant sa garde à vue de mai 1999, avait désigné Yvan Colonna comme étant le tireur du 6 février 1998 avant de se rétracter très tardivement. Il avait auparavant, rappelle Me Lemaire, féroce, livré «dix versions différentes» aux enquêteurs et aux juges d’instruction. «J’ai été maladroit et confus», reconnaît piteusement Pierre Alessandri.  

«Yvan n’a jamais fait partie de notre groupe», affirme-t-il. Puis, il propose un scénario inédit du crime. Ce soir-là, il est posté «avec Alain Ferrandi» rue Colonel Colonna d’Ornano. Ils voient le préfet déposer son épouse au théâtre Kalliste et s’éloigner en voiture : «On s’est dit qu’il ne reviendrait pas et on a pris la décision de partir. Il a fallu prévenir ceux qui étaient en haut de la rue [des guetteurs non identifiés à ce jour] pour leur dire “on s’en va”. Nous descendions la rue quand le préfet est arrivé. J’ai pris la décision de tirer sur cet homme qui ne m’avait rien fait, qui était sans défense : il est difficile d’expliquer mon état psychologique à ce moment.» Comme avant lui MM. Versini, Maranelli et Ferrandi, Pierre Alessandri prétend que le commando ne se résumait pas aux six hommes retenus par le scénario de l’accusation. Il se dit également «partant» pour une reconstitution, rejoignant ainsi les deux premiers de ses anciens comparses – Alain Ferrandi refuse d’y participer si elle a lieu -, à condition de n’être affublé ni d’un gilet pare-balles ni d’un casque.  

À noter l’attitude troublante du président Wacogne : il ne questionne pas le témoin de manière classique, mais tronçonne son discours en minuscules portions, n’ayant de cesse de lui couper la parole pour faire acter le moindre de ses mots, alors que les parties ne lui en demandent pas tant. S’il ne s’était autoproclamé dernièrement grand défenseur de l’oralité des débats, on pourrait croire qu’il tente de saboter la déposition de M. Alessandri. Avant que celui-ci ne reparte en prison, Yvan Colonna se lève et lance à la cour : «J’ai le sentiment que vous allez me condamner au nom de la raison d’État.» On peut reprocher beaucoup de choses au président Wacogne, pas de ne pas faire acter ce que les protagonistes refusent de dire.

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Les assassins du préfet dédouanent Colonna
Stéphane Durand-Souffland

Didier Maranelli a tenté d'accréditer l'idée que l'accusé ne serait qu'un leurre utilisé pour éviter des poursuites aux autres membres du groupe, non identifiés à ce jour -.
Didier Maranelli a tenté d’accréditer l’idée que l’accusé ne serait qu’un leurre utilisé pour éviter des poursuites aux autres membres du groupe, non identifiés à ce jour -. Crédits photo : AFP

Didier Maranelli a affirmé vendredi avoir été «contraint d’accuser un innocent». Comme Joseph Versini, il a également précisé qu’il y avait plus de six hommes lors de l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella et de l’assassinat du préfet.

Didier Maranelli, 45 ans, a tellement parlé, au cours de sa garde à vue de mai 1999, qu’il veut à présent, désespérément, se racheter. À son procès de 2003, où il a été condamné à 25 années de réclusion, il était apparu falot, petite silhouette à droite dans le box, parlant peu de son rôle de guetteur, le 6 février 1998. Le voici aujourd’hui à la barre des té­moins, trapu, enrobé, barbu, la mi­­ne farouche. Il empoigne la barre tel un haltérophile s’apprêtant à épauler 200 kg de fonte et se présente comme «actuellement exilé à la maison centrale de Saint-Maur», «résistant et non terroriste», «cofondateur» du «groupe des Anonymes». Un homme, un vrai…  

Il a tellement accablé Yvan Colonna – «pendant 22 mois», rappelle Me Lemaire, partie civile -, avant de se rétracter en 2001, que M. Maranelli répète à l’envi qu’il a été «contraint d’accuser un innocent» par les policiers. Lourd au physique comme à l’oral, phraseur et arrogant, il fait de son mieux pour expier son péché originel et faire oublier l’image de balance qui lui colle à la peau.  

L’idée du leurre

  

Cela étant, il confirme ce qu’avait dit avant lui Joseph Versini, autre condamné de 2003, en liberté conditionnelle depuis six mois : il y avait plus de six hommes lors de l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella comme au moment de l’assassinat du préfet Érignac. Interrogé par le président Wacogne, M. Maranelli justifie le refus collectif du commando de participer à une re­constitution en juin 1999 : «Je ne voulais pas refaire ces gestes, et cela permettait de fixer le dossier, car la reconstitution aurait forcément blanchi Yvan Colonna. Les policiers auraient alors inquiété nos proches, comme ils nous en menaçaient.»  

En clair, Didier Maranelli tente d’accréditer l’idée que l’accusé ne serait qu’un leurre utilisé pour éviter des poursuites aux autres membres du groupe, non identifiés à ce jour – s’ils existent. L’arbre qui cache la forêt de cagoules, en quelque sorte.  

Me Simeoni, pour la défense, rappelle les éléments qu’il a mis au jour cette semaine : la téléphonie prouverait, selon lui, que Didier Maranelli ne se trouvait pas où il l’a prétendu (posté devant la préfecture) le soir du crime. Au témoin : «Dites-le, les choses ne se sont pas passées comme vous l’aviez prétendu ?»  

L’accusé, très embarrassé : «Je ne peux pas répondre…»  

L’avocat, désignant le box : «Même pour celui-là ?»  

Silence. Promptement interrompu par le timbre aigrelet du président : «Vous pouvez ou vous pouvez pas ?»  

L’accusé (en réponse à Me Si­meoni) : «C’est dur de ressasser ça… Je ne peux pas, Maître.»  

Le président, comme soulagé, ou en tout cas peu amateur de suspense, relance immédiatement d’un peu encourageant : «D’autres questions ?»  

En intervenant de cette ma­nière, à un moment de tension comme seules les assises en engendrent, M. Wacogne oriente clairement le cours de l’audience. Il en a le droit. M. Colonna n’est peut-être pas un arbre, il n’y a peut-être pas de forêt, mais le président, à cet instant, se comporte tout de même en bûcheron.

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Les hommes clés du procès Colonna
Stéphane Durand-Souffland

Christian Lambert, Didier Vinolas, Yves Bot et Didier Wacogne : portraits des quatre personnalités incontournables de ce procès

Christian Lambert, ancien patron du Raid


Crédits photo : AFP

Christian Lambert est l’actuel directeur de cabinet du préfet de police de Paris. Ancien patron du Raid, c’est lui qui a supervisé l’arrestation d’Yvan Colonna, en juillet 2003. Didier Vinolas affirme qu’en 2004, il lui aurait communiqué les noms de deux personnes potentiellement mêlées à l’assassinat du préfet Érignac. «Faux», a répondu Christian Lambert à la cour d’assises, dressant mezzo voce du témoin qui l’appelle «Christian» et le tutoie le portrait peu flatteur d’un casse-pieds obsédé par le drame du 6 février 1998. «S’il m’avait fait part d’une quelconque information, j’aurais immédiatement informé les juges d’instruction concernés», a-t-il affirmé. Le policier déclare aussi fermement qu’il n’a jamais eu connaissance de l’entrevue Vinolas-Bot et du coup de fil Bot-Guéant.

Didier Vinolas, ex-directeur de cabinet du préfet Érignac


Crédits photo : AFP

 

C’est le témoin qui met le feu aux poudres. L’ancien directeur de cabinet du préfet Érignac avait écrit au parquet général, fin décembre 2008, puis au président de la cour d’assises, fin janvier 2009, pour les informer qu’il comptait faire des révélations. Mais ce courrier n’a été communiqué ni à la défense, ni à la partie civile. Accusé à demi-mot d’être un sous- marin du Parti socialiste ou un illuminé, ce commissaire de police – qui a jadis côtoyé le père d’Yvan Colonna au ministère de l’Intérieur – est cependant apparu profondément sincère. Ce qui ne signifie nullement que ses «tuyaux» soient décisifs pour la manifestation de la vérité. Mais si la justice les avait vérifiés et, le cas échéant, écartés en temps et en heure, il n’y aurait jamais eu d’«affaire Vinolas».

Didier Wacogne, président de la cour d’assises de Paris


Crédits photo : AFP

Didier Wacogne est l’un des présidents les plus expérimentés de la cour d’assises de Paris, qui en compte une quinzaine. Technicien chevronné, peu réputé pour un laxisme excessif, il a dirigé une multitude de procès. Pourtant, mardi dernier, il est resté sans voix lorsque Yvan Colonna l’a interpellé en des termes outrageants : «J’affirme que vous êtes en mission pour me faire condamner au nom de la raison d’État, alors que je suis innocent. (…) Un jour, c’est vous qui devrez répondre à certaines questions !» Ses collègues comprennent mal pourquoi Didier Wacogne, qu’ils estiment, n’a pas averti la défense et la partie civile que Didier Vinolas s’apprêtait à faire des déclarations inédites au sujet de l’enquête. Prix de ce silence : visé par une demande de récusation, il est extrêmement fragilisé.

Yves Bot, ancien procureur général de Paris


Crédits photo : AFP

Ancien procureur, puis procureur général de Paris, Yves Bot est considéré comme un juriste de haut vol mais aussi un magistrat très «politique», classé sans ambiguïté à droite. C’est d’ailleurs, il l’a lui-même souligné, en tant que proche de Nicolas Sarkozy qu’il avait été approché, en septembre 2002, par Didier Vinolas. L’actuel avocat général à la cour de justice des Communautés européennes a livré une déposition habile et prudente,mais il a confirmé l’existence de «M. X», informateurdeM.Vinolasqu’il a rencontré même s’il a beaucoup insisté sur le caractère furtif de cette entrevue avant d’en informer Claude Guéant au ministère de l’Intérieur. La défense reproche à ce magistrat de refuser de révéler l’identité de «M. X». Il a toutefois accepté de la confirmer, si M. Vinolas la divulguait.

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Eric Cantona prend la plume pour soutenir Yvan Colonna
Stéphane Durand-Souffland

DR.
DR.

INFO FIGARO – Le footballeur Eric Cantona, ami du frère d’Yvan Colonna, Stéphane, a écrit une lettre de soutien au berger de Cargèse, condamné en première instance à la réclusion criminelle (sans peine de sûreté, contrairement à ce que le sportif indique) pour l’assassinat du préfet de Corse, Claude Erignac. Le procès en appel doit reprendre lundi après-midi.

Paris, le 14.2.2009

J’ai toujours été profondément convaincu de l’innocence d’Yvan Colonna. J’ai la chance de connaître sa famille mais cela me suffit [NDLR: sans doute faut-il comprendre: mais cela ne suffit pas]. Je n’ai pas voulu me fier uniquement à mon instinct qui, quelquefois, peut nous aveugler. Cela aurait été une grave erreur.

Alors, j’ai essayé de comprendre, de lire, me renseigner pour avoir le maximum d’informations. Je me suis aussi fié à l’histoire, à toutes les erreurs de justice – volontaires ou involontaires. Aux manipulations d’un certains pouvoir et d’une certaine presse qui ont toujours existé et qui existent plus que jamais. L’issue du premier procès l’a condamné à la prison à perpétuité avec 30 ans de sûreté sans la moindre preuve ADN, empreinte, écoutes téléphoniques… Si je n’ai pas voulu me fier uniquement à mon instinct pour être convaincu de l’innocence d’Yvan Colonna, a quoi es juges se sont fiés? Sur quoi ont-ils basé leur jugement?

Je ne veux pas croire aux manipulations, je veux des preuves sinon les fondements mêmes de notre République seraient sérieusement ébranlés. J’ose espérer qu’en appel, Yvan Colonna sera enfin innocenté et que la justice reconnaîtra son erreur lors du premier procès, et qu’elle fera ses excuses à Yvan Colonna, sa famille et ses amis.

Eric Cantona

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